Scolarisation des enfants : le difficile combat des réfugiés syriens en Russie

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Une heure et demie de train depuis Moscou. Noguinsk. Un bâtiment délabré du XIXe siècle. Dans une moitié de l’immeuble : des appartements communautaires, dans l’autre : les deux salles de classe d’une école pour réfugiés syriens. Devant le perron, un banc en linoléum qui penche. Des fillettes vêtues de hidjab sont assises dessus.

« Salut, c’est ici l’école ? », je leur demande. Elles me saluent et hochent la tête.

Je pénètre dans un hall sombre et sale. Des enfants arrivent en courant derrière moi, qui parlent en arabe rapidement ; ils m’ouvrent la bonne porte. L’intérieur de l’école est lumineux et propre – tout récemment rénové. Quatre enseignants y travaillent, apprenant aux enfants le russe, l’arabe, l’anglais et les mathématiques.

L’école accueille trois groupes d’écoliers : deux petites classes de sept et huit enfants, âgés de 5 à 9 ans, et une grande classe de huit élèves, âgés de 9 à 13 ans. Tous syriens.

Comment les Syriens sont arrivés à Noguinsk

Dès le XIXe siècle, Noguinsk fut dotée d’une grande entreprise textile : la manufacture de Bogoroditse-Gloukhovskaïa, fermée dans les années 1990. Lors de ces mêmes années 1990, pourtant, des entrepreneurs originaires de la ville syrienne d’Alep, travaillant dans la confection, sont venus à Noguinsk pour y rouvrir partiellement l’entreprise. Et, au début de la guerre civile syrienne, ils y ont fait venir leurs familles, leurs amis, et les amis de leurs amis. Ainsi, en quatre ans, une large diaspora syrienne s’est formée ici. Selon le Comité d’assistance civique, sur les près de 10 000 réfugiés syriens se trouvant actuellement en Russie, 2 000 résideraient dans cette banlieue moscovite de 100 000 habitants. Les familles syriennes comptant habituellement entre cinq et sept enfants, la question de la scolarisation se pose naturellement.

Mais les écoles publiques de Noguinsk refusent d’accueillir les petits Syriens, non enregistrés dans leur lieu de résidence, ce qu’exige la loi russe pour chaque écolier. Les familles syriennes ne peuvent pas s’enregistrer dans les appartements qu’elles louent à Noguinsk et sont nombreuses à ne pas encore avoir obtenu le statut de réfugiés : la procédure est longue, pouvant prendre plusieurs mois, et le résultat reste incertain. Sans statut, pas d’enregistrement – et pas d’école. De nombreuses familles syriennes sont en situation d’immigration clandestine et risquent à tout moment l’expulsion.

Le Comité d’assistance civique a essayé d’obtenir l’abrogation du décret du ministère de l’éducation en question. Et, il y a un an, la Cour suprême a accédé à cette demande. « Mais dans la pratique, rien n’a changé, ont expliqué les représentants du comité à Kommersant. Les autorités municipales chargées de l’éducation menacent les directeurs des écoles de sanctions si les établissements acceptent des Syriens. C’est contraire à la loi, et nous nous battons depuis des mois pour que tout enfant ait le droit d’aller à l’école. L’année dernière, seuls trois des plus de 60 enfants syriens de Noguinsk ont pu fréquenter les écoles de la ville et des environs. »

Face à cette situation, en décembre 2014, l’activiste civil syrien Muiz Abu al-Jadail a récolté des fonds auprès de la diaspora syrienne, qui lui ont permis de louer la moitié d’un immeuble du centre de Noguinsk. Il a engagé des enseignants, avec qui il a commencé à mettre en place des cours de russe et d’arabe pour les enfants. Depuis janvier 2015, le loyer était pris en charge par le Comité d’assistance civique. Toutefois, les autorités locales chargées de l’immigration se sont penchées sur le cas de l’école, soumettant Muiz et la propriétaire de l’immeuble à des interrogatoires. Après quoi, cette dernière a demandé aux Syriens de quitter les lieux. En mars 2016, l’école a déménagé dans un autre bâtiment de Noguinsk, où elle fonctionne toujours.

Les difficultés du russe

Moscou réfugiés syriens Russie

 

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11h du matin, la leçon commence. Un grand bureau, six pupitres, des murs décorés d’un abécédaire russe illustré. Les enfants ont du mal à retenir les noms et patronymes russes : pour eux, toutes les enseignantes sont des outitelnitsy [déformation du mot russe outchitelnitsy : « institutrices », ndlr]. La maîtresse des petites classes, Elena Drozdova, est journaliste et suit actuellement une formation de pédagogue. C’est sur Internet qu’elle a appris que l’école recherchait quelqu’un pour enseigner le russe à des enfants syriens – sans emploi à l’époque, elle a décidé de tenter sa chance.

À l’en croire, la principale difficulté réside dans le fait que l’écriture et la prononciation arabes diffèrent fortement de celles du russe. « Et puis, le niveau varie. Il peut y avoir dans un seul groupe des enfants de différents âges. Enfin, il ne faut pas oublier qu’ils ont vécu la guerre, rappelle Elena. Le groupe plus âgé travaille déjà bien, moi, je m’occupe des petits. Pour certains d’entre eux, c’est la première année d’école. Ils ont parfois du mal à faire des choses que les enfants russes font à cinq ou six ans : découper, coller, dessiner… L’année dernière, un enfant s’est tout bonnement endormi en classe, car les leçons ne l’intéressaient pas ! Mais cette année, il écoute bien. Le plus important, pour moi, c’est de leur apprendre à lire. »

La leçon, à laquelle assistent aujourd’hui sept élèves, commence avec la répétition des voyelles. Les enfants s’en sortent brillamment. Mais la tâche se complique lorsque l’outitelnitsa demande d’associer une consonne à chaque voyelle, puis d’identifier les lettres qui composent les syllabes prononcées. Pour résoudre cet exercice difficile, les enfants s’entraident en arabe.

Pendant la récréation, les élèves me demandent d’énoncer syllabe par syllabe un mot long qu’ils ont vu dans le manuel : fran-tsou-jen-ka (« Française »). Ils butent sur les sons « ts » et « tch », qui n’existent pas en arabe. Mais des progrès sont visibles : de leçon en leçon, de semaine en semaine, les enfants assimilent peu à peu la langue. Ils me parlent russe de façon volubile, en passant de temps à autre à l’arabe ou en demandant de l’aide à leurs camarades.

— Qu’est-ce qui vous plaît, en Russie ?, je leur demande.
— La neige, répondent-ils en chœur.
— Vous voulez aller à l’école publique ?
— La grande école ? Bien sûr, il y a beaucoup d’enfants là-bas !
— Comment vous vous entendez avec les autres enfants ? Vous avez des amis russes ?
— Il y a des enfants gentils et il y en a des méchants, m’explique très sérieusement une fillette de 13 ans. Certains disent que nous sommes méchants, mais les autres sont nos amis.
— Est-ce que vous voulez rentrer chez vous ?
— Oui, mais seulement quand la situation se sera un peu calmée. Je ne regarde pas les actualités, mais ma famille appelle à la maison et dit qu’il y a des bombardements très forts. Moi, je ne m’en souviens pas : nous sommes partis quand la guerre ne faisait que commencer, raconte une fillette qui vit à Noguinsk depuis trois ans avec ses parents et son petit frère. Deux de ses sœurs aînées, mariées au début de la guerre, sont restées en Syrie.

Le hidjab ou l’école

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La récré est terminée. Elena Lebedeva, enseignante moscovite, commence la leçon pour le groupe plus âgé. Cinq élèves sont présents – deux filles et trois garçons, manifestement plus calmes que les « petits », pleins d’entrain. Ils écrivent une dictée et récitent par cœur des vers de Sergueï Essenine.

Pendant la récréation, les filles du groupe plus âgé se tiennent à l’écart des garçons. Noré et Goufran ont 12 ans et portent déjà le hidjab. Ce n’est pas le cas de leurs amies. À partir d’un certain âge, une jeune fille ne peut plus se montrer en public qu’accompagnée de son père ou d’un frère. Sauf à l’école et au magasin, m’expliquent-elles. À ma question de savoir ce qu’elles feront si on les accepte à la « grande école » mais qu’on ne les y autorise pas à porter le hidjab, elles répondent que leur choix est fait – et qu’il n’est pas en faveur de l’école. Jusqu’à présent, elles n’ont jamais rencontré de difficultés pour observer les préceptes de leur religion – même la viande, leurs familles l’achètent dans un magasin halal, ouvert par un compatriote. Quand je leur demande : « Quel métier voulez-vous exercer plus tard ? », toutes deux haussent les épaules : « Nous ne travaillerons pas. Chez nous, les femmes ne travaillent pas. »

Les frères Nour et Omar, âgés respectivement de 11 et 14 ans, parlent presque parfaitement russe. Les deux garçons ont de quoi se réjouir : tous leurs papiers sont en ordre, ils ont acquis un très bon niveau de russe en trois ans, et, dès le mois de septembre, ils iront à l’école publique. L’établissement se trouve toutefois à l’extérieur de la ville – c’est celui que leur ont attribué les autorités locales, car il n’y a plus de place dans les écoles de Noguinsk. Nour et Omar n’ont pas peur des conflits avec les écoliers russes : « Au début, c’était un peu chaotique ; je me suis même battu une fois avec un garçon russe. Mais maintenant tout va bien, nous avons des amis russes », conclut Omar.

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